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La FNPF réclame reconnaissance et considération

Le congrès national de la FNPF s’est tenu le 26 juin dernier sur le thème « ensemble pour que la biodiversité ait la pêche ! ». Relation avec le ministère, continuité écologique, débits réservés ou encore pêche du silure de nuit... les interrogations et inquiétudes demeurent après le grand remaniement qu’a connu la vie politique française.
Le dernier congrès national de la FNPF avait un parfum de transition. En effet, après les grands bouleversements qui ont suivi l’élection présidentielle, beaucoup de choses sont à reconstruire à l’exemple des nouveaux groupes d’études « pêche » au sein des parlements. C’est dans ces circonstance que Claude Roustan, président de la FNPF, a adressé ses « chaleureuses félicitations et encouragements halieutiques » à Nicolas Hulot, nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire. Ce dernier était malheureusement absent et était représenté par Paul Delduc, directeur général de l’Aménagement du Logement et de la Nature.

Écoute très minimaliste
À l’occasion de ce premier rendez-vous, Claude Roustan a particulièrement insisté sur les relations entre le ministère et la FNPF et tiré le signal d’alarme. « Nous avons le sentiment que l’écoute qui nous est accordée est pour le moins très minimaliste. Il nous arrive de ne pas être d’accord, mais il ne nous est jamais arrivé de nous ignorer. Or récemment un texte organisant le ministère en différents services nous a tout simplement évacué. Exit les structures associatives pêche de loisir. Notamment le mot PECHE… Alors que, sur le fond, la réforme proposée emporte notre adhésion car elle facilite nos relations avec notre ministère. Malgré l’arbitrage de l’ancienne ministre de l’Ecologie, nous sentons bien que l’Administration traine des pieds à réintroduire nos structures et tout simplement le mot pêche dans l’organigramme ministériel. Nous attendons bien entendu que l’arbitrage rendu en son temps par la ministre de l’Ecologie soit tenu et respecté. Nous ne cèderons pas sur ce point. »

La continuité écologique
Autre sujet particulièrement sensible, notamment après les décisions prises par la précédente ministre Ségolène Royale, la continuité écologique et la question des ouvrages alors que moins de la moitié de nos cours d’eau sont en bon état écologique et qu’une majorité est touchée par des pollutions de toute nature. « Les moulins nous interpellent dans notre capacité à défendre deux intérêts tout aussi légitimes : le patrimoine naturel vivant, d’intérêt commun, et le patrimoine bâti dans certains cas. Patrimoine du souvenir nostalgique souvent. Alors que la continuité écologique constituait l’alpha et l’oméga de l’atteinte du bon état, cette notion est devenue avec le mandat passé une exigence molle et sans ambition. Je souhaite dire au nouveau ministre que sur la continuité écologique, nous souhaitons nous assigner, avec lui, un objectif ambitieux : celui de mettre fin à la doctrine calamiteuse qui a prévalu pendant 5 ans au sein de ce ministère. Celle-ci a été énoncée alors que la transparence écologique était en voie de rétablissement sur les ouvrages de la Sélune dans la Manche. A cette occasion, contre toute attente, la ministre a clairement posé les fondamentaux de cette doctrine en déclarant : « On ne met pas 53 millions d'euros pour faire passer les poissons. » Avec cette phrase, la ministre stoppait le processus de renaturation des sites de Vezins la Roche Qui Boit. Surtout, elle annonçait le sort funeste réservé à la continuité écologique en général. C’est le pire des signaux qu’elle pouvait envoyer en qualité de ministre de l’environnement. Car ces propos sont une négation de nos missions, de notre militantisme, de nos actions, de nos connaissances. C’est la négation d’un mécanisme que l’on pensait naturel. La biodiversité aquatique, comme toutes les autres, a besoin de se réfugier, de s’alimenter, se reproduire et donc de circuler. En particulier les migrateurs qui paient un lourd tribu au cloisonnement écologique. De nombreux avantages ont été accordés aux moulins et aux ouvrages qui barrent la continuité, je veux en évoquer un seul. Les moulins sont dorénavant légalement exonérés de respecter la loi naturelle de la continuité écologique. Avec cet amendement les parlementaires nous ont fait reculer de presque deux siècles. Imaginez-vous que notre réglementation en la matière efface tous les acquis depuis la loi de 1865 sur les échelles à poissons. »

Débits réservés en Méditerranée
Le président de la FNPF s’est également inquiété au sujet de la nouvelle réglementation qui exonère du respect des débits réservés sur les cours d’eau du bassin méditerranéen au prétexte qu’ils sont « atypiques ». « Nous ne nous sommes pas associés à la modification de la réglementation qui souhaite introduire un nouveau débit réservé pour l’irrigation dans les cours d’eau méditerranéens au prétexte qu’ils sont atypiques. Effectivement, ce sont des milieux hydrologiques plus fragiles, mais qui présentent une plus forte biodiversité et méritent à ce titre au moins la même protection que les autres milieux. Ainsi que nous l’avons exposé au CNE, l’eau ne se fabrique pas par des modifications et assouplissements réglementaires. En clair, on ne crée pas de l’eau avec textes… L’eau doit être économisée, gérée, protégée. Surtout, il existe une hiérarchie quasi évidente et indiscutable de priorités parmi lesquelles l’alimentation humaine. Or, avec ce décret, la hiérarchie des priorités de la politique de l’eau a été déstabilisée. L’irrigation est hissée au même rang que l’alimentation. Je souhaite insister sur ces messages car tout au long de ce mandat, nous avons un objectif commun qui est celui de maintenir les grands principes, les grands arbitrages de la politique de l’eau. »

Silure de nuit
Lors du congrès de 2016, le cas du silure avait été largement abordé concernant son éventuel classement en espèce susceptible de provoquer des déséquilibres biologiques - sujet qui n’est plus aujourd’hui d’actualité. Ce dernier était encore au centre des discussions cette année. La FNPF a en effet effectué une demande afin de permettre aux préfets d’ouvrir des parcours de pêche du silure de nuit. Sans succès ! « Nous nous sommes vus opposer un refus difficilement compréhensible », a souligné Claude Roustan. « Ce refus est motivé par la cohabitation avec les pêcheurs professionnels. Cette motivation est difficile à entendre. Je rappelle que les pêcheurs professionnels ne sont pas installés sur tous les départements. Nous interdire d’exercer notre activité y compris sur les cours d’eau sur lesquels ils n’interviennent pas est un non sens, une négation. Par ailleurs, les deux activités doivent bénéficier de la même considération de la part des décideurs publics. Les pêcheurs de silure et plus généralement les pêcheurs de loisir ont la même légitimité économique, politique, juridique que les pêcheurs professionnels. Je le rappelle tous les ans, l’activité pêche de loisir est évaluée à plus de 2 milliards d’euros en production totale. »
Claude Roustan a conclu ce congrès en appelant de ses vœux une meilleure collaboration avec le ministère. « Je rappelle chaque année que la FNPF a toujours soutenu son Ministre de tutelle avec loyauté. Force est de constater que le retour n’a pas toujours été au rendez-vous - c’est le moins que l’on puisse dire. Nous méritons une meilleure reconnaissance et surtout, plus de considération. Nous souhaitons qu’à l’aune de cette nouvelle ère politique, celle-ci soit enfin au rendez-vous et j’ose dire, que nous marchions enfin dans la  même direction. »

Loïc Corroyer

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